“Work life balance” ou “work life blending” ?

16 octobre 2017 Conseils et vie pratiqueDéplacements professionnels

Nous sommes tous à la recherche de ce graal que représente l’équilibre de la vie familiale et professionnelle synthétiquement nomme « work life balance » par nos amis anglo-saxons. Tout est dit mais concrètement tout est à faire ! Aujourd’hui cette approche est bousculée par l’arrivée des nouvelles technologies. La tendance est à la perméabilité entre les 2 mondes : Le « Work life blending »

Pour mieux comprendre cette évolution, penchons-nous sur le parcours d’Anne ingénieur en informatique depuis 30 ans dans le mode du consulting.

A la fin des années 80, Anne jeune diplômée, très courtisée par les compagnies de consulting, commence sa carrière dans l’agence provinciale d’une petite boite parisienne en pleine expansion en qualité d’ingénieur développement logiciel. A cette époque, l’email est très confidentiel, les équipes sont locales et tout se passe au bureau. Assez naturellement le bureau se vide entre 18h et 19h et chacun retourne à sa vie personnelle, sans possibilité de ramener du travail à la maison. Certes il peut y avoir des coups de bourre avec quelques nuits au bureau mais c’est l’exception.  Le temps professionnel est focalisé avec peu d’interruption et il y a très peu d’intrusion de la vie personnelle au bureau. Il y a assez peu de flexibilité sur les horaires et les pauses mais ce n’est pas un sujet qui pose question. La vie personnelle et la vie professionnelle sont très cloisonnées chacun de ces mondes ayant une seule finalité : le travail d’une part et la vie personnelle d’autre part. Du fait d’un marché porteur, la croissance permet d’embaucher et tout un chacun a une charge de travail raisonnable. C’est un point fondamental.

Certes à cette époque, il est compliqué de faire face aux imprévus comme une poussée de fièvre fort mal à propos un lundi matin ou un appel de la crèche vous sommant de récupérer votre chérubin manu militari pour cause de morve au nez. Il faut être très organisé pour déclencher les plans de secours pour pouvoir aller au travail quoiqu’il en coute. Beaucoup optent pour la garde à domicile engloutissant une grosse de part d’un des deux salaires mais c’est le prix à payer pour travailler et gérer sa vie personnelle sans impacter son travail.  Anne arrive à peu près à gérer son travail et sa vie familiale et se sent efficace dans les deux mondes : concentrée au travail et efficace à la maison. Le concept de « work-life balance » ne lui effleure même pas l’esprit…

Peu à peu, dans les années 90, internet se développe dans le milieu de l’entreprise et permet de mettre en place d’autres façons de travailler. Désormais on peut travailler avec des équipes géographiquement distribuées. Mais la maison n’est toujours pas connectée au bureau et l’internet domestique, peu performant, reste à usage personnel. Même si les modes de travail évoluent, les deux mondes, personnel et professionnel, restent sagement à l’ écart l’un de l’autre, avec leur temps dédié.

A cette époque, Anne opte pour un temps partiel afin de gérer les activités des enfants le mercredi, tout en gardant la même définition de poste. D’un point de vue familial, c’est idéal. En revanche, le monde continue de tourner le mercredi et à son retour le jeudi matin, Anne turbine à fond pour rattraper cette journée non travaillée. Au final Anne allonge ses journées de travail pour compenser le mercredi avec un haut niveau de stress. Mais le travail reste au bureau même si le niveau de stress a monté d’un cran. Anne est la variable d’ajustement de cet équilibre dont elle connait le nom et le concept maintenant tant il est rabâché par les ressources humaines de sa belle multinationale. Néanmoins ce sont encore de bonnes années cote business et Anne est portée par le succès de son organisation. Certes elle est stressée mais au moins tout le monde est servi et bien servi : l’entreprise et sa famille. C’est déjà bien estime-t-elle, imaginant que cela ira mieux plus tard… elle croit encore au « work life balance ». Ce sera possible un jour ! Ou pas…

Puis arrive le haut débit dans les foyers et la portabilité dans les technologies : téléphone mobile, labtop ouvrant la porte de la maison à la toile envahissante de l’entreprise. Il devient possible de se connecter au réseau de l’entreprise depuis son domicile et d’envoyer des emails à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Petit à petit le travail s’invite à la maison, permettant de régler quelques affaires plus rapidement.

A ses débuts, Anne vit cette révolution comme un soulagement car le mercredi elle peut régler les affaires urgentes en suivant ses emails depuis son labtop connecté depuis son « home office » comme elle appelle ce coin de table où est posé son ordinateur portable. Cela réduit un peu le stress des jours travaillés mais le temps passé sur l’ordi le mercredi augmente de plus en plus. Le mercredi devient alors un jour de travail, certes fractionné, mais un jour de travail non rémunéré de surcroit. A ce moment des accords télétravail sont mis en place dans son entreprise. En parallèle, les équipes sont distribuées dans le monde entier et la conférence téléphonique remplace les réunions en face à face. Anne choisit donc de repasser à 100% en travaillant de son domicile le mercredi pour offrir une présence à ses enfants désormais plus autonomes. Le télétravail permet désormais de régler pendant la journée de travail des affaires domestiques ou familiales : livraison d’un colis ou orthodontiste du petit. C’est aussi l’époque ou le business se tend et l’entreprise réduit drastiquement les couts de sa masse salariale avec des programmes pudiquement appelés « Plan de sauvegarde de l’emploi ». Anne doit toujours faire plus avec moins et met sa créativité au service de cette utopie dont elle préfère ignorer la finalité.

A quoi s’ajoute ces dernières années la connectivité des données mobiles, qui moyennant un smartphone et un abonnement peu onéreux, permet à tout un chacun d’être « on » tout le temps. Les sphères privée et professionnelle se mélangent, accélérant les attentes. Justement la première des attentes étant de ne pas attendre. Tout doit être immédiat : l’information, les réponses « T’as reçu mon email ? » question posée sur la messagerie instantanée 5 mn après l’envoi du dit courriel auquel nous n’avons pas encore répondu. Le temps « off » devient un luxe suprême que l’on ne peut s’offrir qu’ au fin fond d’une vallée reculée des Alpes qui avant d’être un magnifique site naturel est surtout un désert digital pppff !!! Autant dire que cela relève d l’exception.

Anne plonge dans ce monde ultra-connecté sans trop se poser de questions. Elle a depuis longtemps renonce au « work life balance » qu’elle considère comme une mauvaise comédie jouée par l’entreprise et l’employé. Elle consulte ses emails pendant les week-ends et les vacances en se disant qu’elle sera moins stressée à son retour. Mais petit à petit Anne se retrouve avec en permanence avec les problèmes de son job qui tourne dans sa tête sans parler des coups de stress en suite à un email porteur de mauvais nouvelle ou simplement mettant en évidence l’absurdité de certaines situations. Il est difficile d’oublier. Anne a besoin d’un droit à l’oubli de son travail qu’elle est incapable de s’octroyer. Elle se voit s’ensevelir sous le travail sans arriver à arrêter le processus.

Et au final quelle est l’incursion de la vie privée dans la vie professionnelle ? Finalement très faible et guère plus qu’il y a 30 ans. On le voit avec l’exemple d’Anne pour lequel les nouvelles technologies couplées au contexte difficile de l’entreprise ont hypothéqué une grosse partie de son temps personnel.

Aujourd’hui un parent pourra travailler de chez lui s’il a un enfant malade. Un salarie détournera quelques heures du temps professionnel pour un rendez-vous extérieur en journée pour lequel il a essayé en vain d’avoir un créneau tôt le matin ou tard le soir. Pour quelles heures détournées du temps professionnel, il travaillera tard le soir, bien plus que s’il avait passé une journée au bureau. Cette flexibilité est souvent vécue par les salariés comme un privilège pour lequel ils se sentent redevables vis-à-vis de l’entreprise. Ils paieront double à leur débiteur en termes d’horaires de travail pour cet « avantage ».  Mais un avantage pour qui ? Certainement pas pour l’employé qui se mine la sante pour tenter d’apporter une réponse à la demande folle de l’entreprise qui pousse ses troupes à faire toujours plus avec toujours moins. Les facilites de communication sont devenues le bras arme des optimisations des entreprises.

C’est désormais le sentiment de Anne qui a décidé de désactiver les emails les week-ends et les vacances sur son smartphone et qui choisit de ne pas toujours répondre au téléphone.

Le « work life blending » est mal nommé quand il s’agit d’un débordement massif du travail sur le temps privé comme on peut le voir aujourd’hui dans les entreprises qui essaient de maximiser les dividendes de leurs actionnaires en pratiquant le « cost cutting »  à tout va. A ce jeu-là, le salarie est le grand perdant.

Mais si le « work life blending » est proprement intégré dans une stratégie d’entreprise en pleine croissance, l’incursion d’un monde dans un autre peut s’avérer un « win-win » pour les salariés et l’entreprise. Mais n’oublions pas que tous ces merveilleux concepts ont pour finalité la productivité qui possiblement passe par des collaborateurs épanouis. Mais si au final on sert les 2 causes, cela est juste.

Aujourd’hui la génération Y investit le monde du travail. Faisons leur confiance pour rééquilibrer la relation entre le salarié et l’entreprise et surtout donner du sens à leur vie – et en conséquence à leur travail. Et ensuite les « digital native », les « Z » qui vont remodeler le monde du travail, seront acteurs de cette transformation dont on ignore encore la finalité. Car une chose est sure, Anne verra ca d’un autre point de vue, très occupée à remplir son rôle de « connected grand ma »  avec ses « digital » petits enfants.


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