Etre un enfant au milieu d’une famille recomposée… Pas une mince affaire !

20 février 2017 Parents séparés

La Saint-Valentin est encore toute chaude, la fête des amoureux a bien fait sa pub à droite, à gauche et je pense à ces enfants qui ont fait connaissance avec la nouvelle moitié de leur(s) parent(s) séparés.

Avant toute chose, il faut bien distinguer la famille recomposée d’une famille « traditionnelle », où l’arrivée d’un beau parent ne représente pas une « simple » substitution d’un des parents. C’est bien plus complexe que cela ! Lorsqu’un couple se sépare, et que de nouveaux conjoint(e)s apparaissent, il s’agit d’un remaniement du système familial dans lequel il faut tenir compte à la fois des liens dans l’ici et maintenant entre les membres de cette famille recomposée, ET AUSSI garder en tête et considérer avec importance les liens de filiation (l’enfant avec ses deux « vrais » parents). Dans tout ça, il y a l’enfant, et il va être nécessaire que dans cette nouvelle configuration il puisse trouver sa place et que le rôle de chaque membre soit clairement défini afin d’éviter les confusions. De nombreux stéréotypes négatifs sont accolés aux familles recomposées, souvent étiquetées comme dysfonctionnelles, mais nous allons voir qu’il existe un tas de configurations différentes les unes des autres, dans lesquelles l’enfant peut tout à fait s’épanouir.

Ce modèle familial est de plus en plus répandu de nos jours, notamment en raison des changements sociétaux qui ont vu le jour depuis une cinquantaine d’années : augmentation du nombre de divorces, émancipation de la femme, diminution de la présence de la religion dans nos vies et nos choix…

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Quels sont les impacts de la recomposition familiale sur le développement de l’enfant et de l’adolescent ?

Bien qu’il soit estimé que, parmi les familles recomposées, 1 enfant sur 4 présente des difficultés pour s’adapter, de nombreuses recherches malgré tout ont observé une bonne adaptation face à cette recomposition familiale et une absence de problèmes particuliers. Et puis, lorsqu’une bonne relation affective est construite entre l’enfant et le beau parent, a priori il y a moins de risques que l’enfant développe des problèmes de comportement en lien avec ce chamboulement familial. Il est intéressant de voir aussi quels sont les réactions des enfants en fonction de l’attitude du beau parent.

Le style parental (ou les conduites parentales) vient justement aider à comprendre la relation qui s’établit entre un enfant et un beau parent, et ce car on sait que ces conduites auront un impact sur le développement et l’adaptation des enfants face à la recomposition familiale. Ces conduites sont définies à la fois par la sensibilité parentale (qui désigne aussi la chaleur vis-à-vis de l’enfant) et par le contrôle parental. Trois styles parentaux se dégagent alors à partir de ces critères :

 

  • Le style démocratique : dans lequel on peut voir des exigences des parents vis-à-vis de leurs enfants + un contrôle sur eux + de la chaleur, de l’affection, une réception des émotions qui leur sont exprimées -> Résultats : les enfants ont plus confiance en eux, ils font preuve de plus d’auto contrôle, manifestent plus de comportements exploratoires, et sont plus contents.
  • Le style autoritaire : dans lequel on peut observer des parents plus distants, contrôlants, moins chaleureux -> Résultats : on voit des enfants plus renfermés, méfiants, maussades.
  • Le style permissif : dans lequel les parents exercent peu de contrôle et ont une moindre exigence vis-à-vis de leurs enfants -> Résultats : les enfants ont moins confiance en eux, ont tendance à moins explorer et présentent moins d’auto contrôle.

 

Bien évidemment, ce modèle présenté avec ces différents styles parentaux, ne doit pas être entendu comme une liste « exhaustive » de ce qui se fait uniquement dans les relations parents-enfants. Encore une fois, toutes les situations restent, à mon sens, uniques. Ce modèle est décrit pour les parents, mais nous pouvons penser qu’il s’applique aussi aux beaux parents. Dans les études, ce qui est ressorti des beaux parents est un style parental plutôt désengagé. En effet, leur implication vis-à-vis de l’enfant de leur conjoint(e) est moindre par rapport à l’implication dont ils font preuve auprès de leurs propres enfants. Cependant, il existe aussi des beaux parents tout à fait engagés dans leur relation avec l’enfant du conjoint(e) ! D’ailleurs, pour les adolescents (ce n’est déjà pas la période la plus facile-facile dans le développement d’une personne !), il a été montré que ces derniers acceptent plus de contrôle de la part du beau parent quand celui-ci fait preuve aussi de soutien à son égard. Je pense que l’on connaît tous le « T’es pas ma mère, t’es pas mon père, t’as pas à me donner d’ordres ! », souvent rencontré dans les situations de recomposition familiale. Ce qui nous fait dire que nous plaçons notre propos en y déposant l’enfant au centre, mais il ne faut pas perdre de vue le fait que pour un beau papa ou une belle maman, il est très difficile d’amener une certaine autorité, un cadre pour l’enfant. Est-ce dû à un manque de légitimité du fait de n’être pas le « vrai » parent, au sens de la filiation ? Il faut y prêter attention en tout cas, pour éviter au mieux les conflits qui peuvent émerger entre l’enfant et le beau parent mais aussi au sein du couple parent/beau parent.

Comme je l’ai mentionné précédemment, il existe une variété de situations très différentes les unes des autres. Pour certains enfants, l’acceptation du beau parent va se faire assez facilement et rapidement, pour d’autres cela demandera du temps mais cela se fera, et pour d’autres encore ça ne sera pas acceptable du tout et cela amènera des conflits. Beaucoup de facteurs rentrent en jeu, notamment la façon dont le parent présente le beau parent, la place qui est donnée à l’enfant dans cette nouvelle configuration, et aussi la façon dont le beau parent se présente lui-même.

Des rivalités peuvent notamment apparaître envers le beau-père ou la belle-mère mais on peut voir aussi des situations de coopération et d’échanges entre l’enfant ou l’adolescent et son beau parent (complicité, partages…). Dans la représentation des enfants, de la colère peut aussi surgir vis-à-vis du beau parent : il ou elle a évincé et remplacé l’autre parent. De la colère peut aussi être ressentie vis-à-vis du parent lui-même : il a refait sa vie et l’enfant peut être triste et déçu par rapport à son autre parent ou bien même, lorsque le parent séparé n’a pas refait tout de suite sa vie et a partagé des moments privilégiés avec son enfant, le beau parent arrive et l’enfant peut se sentir en colère de ne plus avoir l’exclusivité et se mettre en position de rivalité justement avec le beau parent. Un sentiment de culpabilité peut aussi émerger du côté de l’enfant du fait d’un conflit de loyauté envers son parent : culpabilité d’aimer une autre personne (le beau parent) que son papa ou sa maman absente. Il est nécessaire que le parent en question rassure l’enfant sur le fait qu’il puisse aimer son beau parent, comme s’il lui donnait en quelque sorte une « autorisation » à aimer. Le parent peut aussi rassurer son enfant en rappelant la place de chacun et en lui précisant que le fait d’aimer le beau parent ne veut pas dire ne plus aimer son parent.

Dans le cas où la recomposition familiale implique d’autres enfants, ceux du beau parent, différents cas de figure peuvent également apparaître. Tout comme dans les « vraies » fratries, on peut voir naître des conflits, des rivalités, des « guerres » de territoire, d’amour et d’attention des adultes… surtout chez les plus jeunes. Des liens fraternels peuvent aussi voir le jour avec de l’entraide, de la solidarité, une coopération entre les enfants, des alliances… où les liens du cœur priment. Lorsque les enfants se rencontrent à l’adolescence, la notion de choix est plus grande sur le fait de s’apprécier ou non, de partager ou non des choses… Dans tous les cas, il ne faut en aucun cas forcer les enfants à créer du lien ! La seule chose à mettre en place a minima est un cadre où l’on se parle de façon respectueuse et grâce auquel on peut vivre en groupe, ensemble.

Attention tout de même aux parents qui refont leur vie de couple de ne pas vouloir inconsciemment recréer avec la nouvelle personne et les enfants, la famille telle qu’elle était auparavant ! Cela amènerait de la confusion dans les esprits de tous et serait négatif pour le bien-être de l’enfant.

La psychanalyste Sylviane Giampino met en avant trois facteurs pour assurer un lien de bonne qualité entre beau parent et enfant :

 

  • 1. Le parent en dehors de la famille recomposée doit autoriser l’enfant à tisser un lien avec le beau parent (comme expliqué précédemment).
  • 2. Le beau parent doit respecter la fonction parentale, ne pas l’usurper et « prendre la place de… ». Il sera plutôt un relais éducatif. Attention tout de même à ce qu’il ne soit pas à une mauvaise place, comme un copain par exemple. La différence de générations doit être maintenue !
  • 3. Le parent qui a refait sa vie doit donner à son (sa) conjoint(e) « la place qui lui revient en créant entre ce tiers et ses propres enfants un cadre relationnel « socialisé » ou « normé » » (Giampino, 2008) = ce qui implique une non obligation d’aimer mais de rester au moins « cordial » et correct avec le beau parent.

 

Pour finir, je dirais que la relation avec le beau parent peut représenter un lien privilégié et important dans le développement de l’enfant : le beau parent peut être un support identificatoire et de soutien supplémentaire par rapport aux « parents de la filiation », les « vrais » papas et mamans.

Bibliographie :

  • « L’enfant et sa famille recomposée » (2005) de Marie-Claude Mietkiewicz et Benoît Schneider
  • « Le style parental des Beaux-Pères dans les familles recomposées » (2009) de Marie-Christine Saint-Jacques et Rachel Lépine
  • « Le beau parent n’est pas un parent » (2008) de Sylviane Giampino

Ecrit par : Maëva Lecordier


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