La garde-alternée : un mode de garde contemporain controversé

2 janvier 2017 Parents séparés

C’est avec joie que je vous retrouve après cette interruption des vacances de Noël. L’équipe d’Edukily et moi-même vous souhaitons d’ailleurs nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2017 !

J’ai choisi de traiter aujourd’hui la question de la garde alternée, thème qui m’a pas mal questionnée pendant ces vacances et qui me semble intéressant à réfléchir, à penser. C’est une thématique qui, en effet, anime les esprits et de laquelle émane des avis tout à fait opposés, créant ainsi un vif débat. Deux visions semblent s’opposer avec des défenseurs de la garde alternée d’un côté, et des détracteurs de l’autre. Cette opposition a même abouti à la création de livres : « Le livre blanc de la résidence alternée » écrit par Chantal Zaouche-Gaudron (professeure en psychologie de l’enfant) et Gérard Neyrand (sociologue) en 2014, qui fait suite à l’ouvrage « Le livre noir de la garde alternée » de Jacqueline Phélip (présidente de l’association « L’Enfant d’abord » et vive détractrice de la résidence alternée) et Maurice Berger (pédopsychiatre, psychanalyste) en 2013. Nous tenterons d’aborder ici les points positifs et négatifs de ce mode de résidence, en essayant de ne prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre des « clans » pro et anti garde alternée, et d’avoir une vision plus nuancée de cette pratique.

Re-contextuaisation de la garde alternée

En France, bien qu’étant apparue dans les années 1970, la résidence alternée n’est devenue officielle au niveau légal qu’en 2002 (dans la loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale). Ce mode de garde n’est pas très répandu, malgré ce que l’on pourrait penser. En 2003, parmi les couples ayant divorcé avec enfants, seulement 10,3% ont demandé la résidence alternée. Cela reste une donnée assez ancienne, n’ayant pas trouvé plus récent.

L’Autorité Parentale Conjointe (APC), énoncée par la loi du 13 avril 1995 en Belgique et par la loi du 22 juillet 1987 (loi Malhuret) en France, nous informe de l’importance d’une autorité parentale exercée conjointement, à valeur égale, par les deux parents « légaux » de l’enfant, et ce malgré l’union ou la désunion des parents en question. Cette Autorité Parentale Conjointe concerne les grands principes de vie et d’éducation de l’enfant, les « petites » décisions du quotidien restant à la charge de chaque parent au moment où l’enfant est présent chez l’un ou l’autre. Ce principe sous-entend que les deux parents ont une importance égale dans la vie de l’enfant, lui permettant alors de s’identifier autant à l’un qu’à l’autre et de puiser des ressources chez chacun. Nous pouvons nous référer au concept de coparentalité, exposé dans un précédent article.

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Différents arguments pour et contre : à chacun de trouver SA bonne formule !

Après une séparation ou un divorce, il est préférable que les parents trouvent un commun accord, un compromis qui aille à tout le monde, plutôt que soit imposée une décision. Un hébergement alterné peut se mettre en place pour les enfants, mais celui-ci suppose que certaines conditions positives soient réunies pour que cela se passe le mieux possible. Ces conditions positives doivent, bien évidemment, se maintenir dans le temps, et il faut être vigilant à cela. Mettre en place un hébergement alterné implique une souplesse dans l’application de ce mode de garde, qui permet en cas de soucis de pouvoir réadapter le cadre ou même tout simplement en cas de changement ponctuel dans l’emploi du temps d’un des deux parents de pouvoir s’adapter et ne pas appliquer un cadre trop rigide.

En premier lieu, mettons l’accent sur le désir de l’enfant, son bien-être et sur ce que lui pense de tout ça ! Il est possible de le questionner sur une éventuelle garde alternée, qu’il puisse donner son avis, s’exprimer librement et qu’il soit écouté. Attention tout de même à replacer la responsabilité de la décision sur l’adulte et non sur l’enfant. Il est important également de tenir compte de l’âge de l’enfant. Il a été montré que les enfants de moins de 3 ans ainsi que les enfants dans l’entrée dans l’adolescence (autour de 12 ans) ne se trouvent pas dans des périodes propices pour la mise en place d’une garde alternée. Il faut penser aussi la cadence dans les transitions entre les deux maisons, plus elles sont rapprochées plus cela induit des tensions pour l’enfant. Mais, encore une fois, la durée d’habitation chez chaque parent est un élément à discuter avec l’enfant, voir ce que lui en pense.

Un autre critère positif à la mise en place d’une résidence alternée est le vécu positif des parents par rapport à celle-ci. Il est vrai que la meilleure configuration reste celle où les parents sont d’accord, dans un respect mutuel l’un de l’autre et aussi dans une coopération concernant les points clés de l’éducation de leur enfant. Là encore attention tout de même aux « mauvaises » motivations qui pourraient pousser au choix d’une garde alternée. Ce mode de garde pourrait, par exemple, faire office d’un compromis choisi permettant que l’un n’ait pas plus que l’autre, avec la peur d’une sorte de perte de « pouvoir » et aussi que l’enfant ne s’attache pas autant à ses deux parents. Sur un aspect plus pratico-pratique, certains parents choisissent ce mode de garde afin que les deux aient la même quantité de « corvées » liées au quotidien de l’enfant. Evidemment, dans le cas de rapports conflictuels entre les parents, la garde alternée ne peut être utilisée comme « pommade réparatrice » magique : cela ne fonctionnera pas, les conflits resteront.

De bonnes conditions matérielles sont également nécessaires comme : le rapprochement géographique et le fait d’avoir en double les vêtements, jouets… de l’enfant. En effet, mettre en place une garde alternée fonctionne si les deux maisons de l’enfant ne sont pas trop éloignées l’une de l’autre. Dans le cas contraire, c’est à la fois une grosse fatigue pour les parents (et les enfants) qui doivent se déplacer et en même temps un non maintien des repères de l’enfant lui assurant une stabilité (amis, activités extrascolaires…). Il est conseillé aussi, si possible, d’avoir en double le plus d’affaires possibles de l’enfant, afin que celui-ci ne se traîne pas une valise aussi grosse et lourde que lui toutes les semaines (voire tous les 2-3 jours, selon le rythme de la garde alternée choisie). A travers cette condition favorable pour la mise en place de la résidence alternée, nous nous rendons facilement compte que celle-ci n’est finalement pas accessible à tous…

Si toutes les conditions positives sont réunies, alors la garde alternée est une solution à envisager sans problème. En remettant toujours l’enfant au centre des préoccupations, on peut se dire que si une garde alternée se met en place dans de bonnes conditions alors l’enfant « connaît la paix, entre autres parce qu’il reçoit de chacun l’autorisation morale de pouvoir aimer « l’autre » et de s’y référer positivement » (Jean-Yves Hayez et Philippe Kinoo, pédopsychiatres belges). Je trouve cette citation très importante pour le bien-être de l’enfant : s’il se sent libre de pouvoir parler à son parent de son autre parent, sans culpabiliser, sans s’autocensurer (par peur de la réaction du parent en question) et sans recevoir des reproches ou de l’agressivité (qui seraient alors mal adressés, l’enfant étant au milieu et faisant office de tampon ou d’éponge), alors il sera plus serein. Une autre citation de ces mêmes auteurs vient compléter la précédente, je la trouve tout aussi pertinente et je souhaite vous la transmettre : « L’existence de cette ambiance affective sereine, où chaque adulte est reconnu et où est reconnu à l’enfant son droit d’aimer, c’est la condition incontournable pour qu’il s’épanouisse bien quel que soit le système d’hébergement adopté. ».

Il existe aussi des conditions défavorables à la résidence alternée. Un exemple concret est de penser que parce qu’on met en place un temps équitable entre les deux parents, l’enfant sera heureux. Or, ce qui compte réellement est non pas la quantité de temps passé avec chacun mais plutôt la qualité de la relation qu’entretiennent les deux parents entre eux et le respect qu’ils gardent l’un pour l’autre. Les enfants peuvent s’adapter à cette nouvelle organisation de vie, mais si la relation parentale est conflictuelle, l’enfant ne se sentira pas en sécurité. Toutes les conditions matérielles auront beau être réunies, cela ne changera rien.

Des professionnels du champ de la petite enfance et de la pédopsychiatrie sont, quant à eux, formellement contre le bienfondé d’une telle pratique et la dénonce comme déstabilisante pour l’équilibre de l’enfant. Le professeur Bernard Golse (chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker) met en avant une attitude égoïste des parents choisissant cette option, sous couvert du bien-être de leur enfant, et décrit ce choix comme « une vision très autocentrée de la part d’adultes ayant du mal à renoncer à leur prérogatives respectives ». Bernard Golse ajoute aussi que la résidence alternée ne doit en aucun cas se faire avant l’âge de 3 ans. C’est dans cette période que l’enfant construit ses relations d’attachement et l’alternance entre une semaine chez l’un et une semaine chez l’autre ne favorise pas la mise en place d’un attachement sécurisant et stable. Je vous renvoie à mon premier article qui traite de la théorie de l’attachement. Les détracteurs de la résidence alternée restent dans une vision assez « traditionnelle » où la présence constante de la mère est indispensable et où le bien-être psychique de l’enfant se résumerait uniquement à la bonne relation avec la mère.

Or, n’oublions pas que des grandes avancées sociales ont émergé depuis les années 1950 et ont permis l’évolution des mœurs : égalisation des positions entre les sexes, émancipation des femmes, revendication des « nouveaux pères » par rapport à leur paternité et l’investissement de leur enfant…

Ce sujet est très vaste, il faut savoir qu’énormément de publications sont apparues autour de cette thématique depuis les années 2000 et je ne vous en ai présenté qu’une infime partie.

Bibliographie :

  • « Hébergement alterné et autorité parentale conjointe » (2005) de Jean-Yves Hayez et Philippe Kinoo
  • « La résidence alternée : bref état des lieux des connaissances sociojuridiques » (2007) de Nadia Kesteman
  • « Libre propos sur la résidence alternée » (2009) de Bernard Golse
  • « Usage des nouvelles technologies en famille » (2014) de Laurence Le Douarin
  • « La résidence alternée ou le défi de la coparentalité » (2014) de Gérard Neyrand

Credit: l’image de l’article provient du site margauxmotin.typepad.fr

N.B : Pour rédiger ces articles, je m’inspire à la fois de supports scientifiques et aussi de mon expérience clinique. Mais, beaucoup d’entre eux ne sont pas accessibles sans identifiants universitaires. N’hésitez donc pas à nous écrire si vous souhaitez que je vous envoie les articles par mail, pour aller creuser plus en détails un thème ou un auteur qui vous intéresserait plus qu’un autre.

Ecrit par : Maëva Lecordier


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