L’enfant au cœur de la médiation familiale

10 janvier 2017 Parents séparés

Qu’est-ce que la médiation familiale ?

La médiation familiale est une pratique plutôt récente en France puisqu’elle est apparue à la fin des années 1980. Toutefois, le diplôme d’Etat pour reconnaitre cette profession n’est arrivé, lui, qu’en 2003. La médiation s’est peu à peu faite sa place en France, notamment grâce au soutien de trois acteurs : les juges, l’Etat et les mouvements de pères comme SOS Papa ou autres. Les juges ont trouvé leur intérêt dans la médiation car elle est un appui pour faire advenir quelque chose qui, de leur place, est délicat, à savoir la recherche d’accord entre les parents. La médiation implique que les deux parties, a priori, ne se sentent pas lésées dans la solution trouvée ensemble, en commun, dans un échange ; tandis que la justice, au contraire, peut parfois prendre des décisions où l’une des deux parties a la sensation d’avoir été défavorisée. L’Etat a aussi soutenu la médiation et l’a financée. Les mouvements de pères, quant à eux, ont soutenu la médiation familiale comme un appui dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits. Pour en savoir plus sur le rôle du médiateur, regardons d’emblée l’étymologie du mot : « média » = milieu, entre-deux, comme un espace intermédiaire, transitionnel. La médiation familiale est fondée sur différents principes éthiques que sont : la responsabilité, la liberté et l’altérité.

Une notion très importante est celle de l’intérêt supérieur de l’enfant. Au niveau législatif, de nombreux pays s’accordent sur la définition de cette dernière comme « la protection de la sécurité et du développement intellectuel et affectif de l’enfant ». Il est aussi ajouté que cet intérêt de l’enfant prévaut sur celui des parents, l’enfant étant considéré comme « vulnérable », « en voie de construction » et « totalement dépendant des adultes » (Maurice Berger, pédopsychiatre). Les éléments centraux lors de médiations familiales dont il faut tenir compte sont donc le besoin de l’enfant d’avoir une figure d’attachement sécure et aussi le besoin de grandir dans un environnement « sain » lui permettant de se développer de façon différenciée des parents. Même si la médiation familiale s’attarde surtout autour de la conflictualité entre les deux parents, cela sert bien évidemment l’intérêt de l’enfant. Le but du médiateur familial, qui représente un tiers face à un couple en divorce par exemple, est de travailler avec eux pour trouver des arrangements qui conviennent à tous, notamment par rapport à leurs différends et surtout leur relation à l’enfant. Le médiateur est là pour « développer une vision alternative de la situation » (Benoît Bastard, sociologue) en offrant aux usagers de ce dispositif un espace de parole, dans le respect de chacun.

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Comment se passe une séance de médiation familiale ?

La visite chez un médiateur familial peut se faire soit à la demande du juge aux affaires familiales (= médiation judiciaire), soit à l’initiative du couple qui se sépare (= médiation spontanée ou conventionnelle), soit requise par le procureur de la République (= médiation pénale) lors d’infractions (violence, abandon de famille…). Précisons que peu importe de qui provient l’indication, les personnes concernées gardent leur liberté dans la démarche. Il s’agit alors, pour le médiateur, de passer de l’opposition à la conversation, et la médiation s’applique à travailler plus sur la relation en elle-même, sur la situation, que sur le contenu de la discorde. Dans le cadre d’une médiation familiale, il faut plusieurs séances pour bien mettre à plat les points de vue de chacun et tenter de trouver des points d’accord. Ce type de médiation n’est pas anodin, il est grandement chargé d’émotions, c’est pour cela qu’il ne se fait pas en une seule fois !

Mais rapprochons-nous du sujet principal de notre article : L’ENFANT. La médiation a pour but de pouvoir maintenir un lien entre l’enfant et ses deux parents. Elle permet aussi de soutenir les compétences des parents à s’occuper de leur progéniture, voire de les renforcer. Mais l’enfant, dans une démarche médiatrice, n’est pas toujours inclus de la même manière selon les dispositifs mis en place par chaque professionnel.

Pour ma part, il me semble indispensable qu’à un moment ou un autre les besoins de l’enfant soient entendus, qu’il ait lui aussi son espace de parole, où il peut s’exprimer librement. Cela permet à l’enfant à la fois d’évoquer ses ressentis, ses besoins, ses craintes… mais aussi de ne pas se sentir exclu de ce qui est en train de se passer dans sa famille. L’introduire dans la médiation lui permet de retrouver une place en tant qu’individu à part entière, SA place dans une famille dont il fait intégralement parti, lui aussi. Avoir des informations sur la situation actuelle entre ses parents permet aussi à l’enfant d’y mettre du sens, de ne pas se sentir seul avec un vécu sans mots posés. Ce que l’enfant va évoquer va permettre à la fois d’éclairer le médiateur sur le fonctionnement familial face à la séparation ou au divorce mais va servir aussi les parents à entendre, comprendre les besoins de leur enfant et donc se recentrer sur ces aspects, le médiateur étant là pour favoriser une coopération parentale, POUR L’ENFANT.

Selon la méthode d’intervention propre au médiateur, soit l’enfant sera reçu seul (avec ou sans restitution aux parents de ce qui a été dit ; restitution auprès d’un parent puis l’autre, ou bien les deux en même temps), soit l’enfant est reçu en même temps que ses deux parents (tout le monde peut intervenir ou bien les parents sont observateurs)… La présence ou non de l’enfant au sein des dispositifs de médiation fait débat. Certains sont pour, d’autres sont contre. Parmi les personnes contre, plusieurs arguments sont donnés. Exclure l’enfant permettrait de le protéger des conflits conjugaux. L’inclure, au contraire, mettrait sur ses épaules la responsabilité des décisions prises à la fin. Or, ces décisions restent, et doivent rester d’ailleurs, dans les mains des parents et non de l’enfant ! Comme dit précédemment, l’intervention de l’enfant va servir à ce que les parents comprennent et se recentrent sur ses besoins et donc sur le couple parental, qui lui RESTE. Certains professionnels ne font pas intervenir les enfants dans la médiation, pensant que c’est aux parents de savoir quels sont les besoins et ressentis de leur enfant : ce qui induit que ce dernier est présent indirectement au cours des séances (malgré son absence physique, on parle quand même de lui) mais ce sont les parents qui font « pour lui ». D’autres professionnels, quant à eux, pensent que le moment le plus important pour les enfants est la fin de la prise en charge, où les décisions sont données à l’enfant.

-> Un point important : si la méthode de médiation utilisée inclut l’enfant, il me semble important que les parents puissent lui exprimer que ce qu’il va dire de ses besoins, de ses émotions, de ses craintes… a de l’importance pour eux et qu’ils en tiendront compte pour les décisions finales.

-> Aussi : un enfant parle différemment d’un adulte, et derrière ses paroles, ses comportements, sa communication non verbale… se trouvent ses réels désirs. Il est donc important d’y prêter attention, d’essayer de comprendre, d’y mettre des mots et donc du sens pour lui ; cela demande de la patience, mais c’est nécessaire pour son bien-être et son épanouissement.

Bibliographie :

  • « Médiation et intérêt de l’enfant » (2005) de Maurice Berger
  • « Mais à qui profite la médiation familiale ? » (2005) de Benoit Bastard
  • « La balance, le glaive et le pendule » (2012) de Pierre Grelley
  • « Panorama des formes et des pratiques de médiation en France » (2012) de Philip Milburn
  • « La médiation familiale » (2007) de Michèle Savourey
  • « Les enfants dans la médiation familiale de leurs parents » (2004) de Giancarlo Francini et Elena Gargano
  • « http://www.beauxparents.fr/mag/2012/02/la-mediation-familiale-pour-sortir-du-conflt/ »

Ecrit par : Maëva Lecordier


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